Ce ventre si fécond..

Publié le par François Kuss

La bête immonde s'y niche. Telle l'hydre, alors qu'on semble l'avoir terrassée, elle renaît encore plus forte, encore plus abjecte. Car les récentes déclarations de Mme Le Pen sur "l'occupation islamique", comparée à l'occupation allemande, n'est pas, hélas, qu'un simple trait de conversation bien senti propre à lui faire gagner, dans une campagne interne, le contrôle d'un parti neo-fasciste.

 

Le mal est plus profond. Il gangrène notre vivre-ensemble. Car aujourd'hui, de nombreuses personnes non seulement pensent la même chose (17% disent les sondages pré-présidentiels..) mais en plus, ces citoyens, (oserais-je dire égarés s'il n'y avait tant de raisons de désespérer de la chose publique ?)  ne trouvent rien à redire à de telles saillies racistes et fangeuses.

 

Evidemment il faut condamner. Encore, et encore. Au nom de cette fraternité que nous inscrivons dans le marbre de nos édifices, un marbre qui devient vite si froid face à l'autre, face à la différence, alors qu'il est censé abriter la chaleur d'une valeur universelle. Condamner est important, mais le réel enjeu résidera dans la capacité, réelle, à transformer la société que les progressistes pourront proposer en 2012.

 

Car si tant et tant de personnes trouvent dans le voisin un ennemi, et regardent dans l'autre un rival, c'est sans doute parce que culturellement comme le dit Gramsci, une grande bataille a été perdue. Que la République, livrée au marché et au bling bling, n'honore plus la promesse qu'elle porte en son sein. Celle de l'égalité par la solidarité, celle de la liberté dans le droit, celle de la fraternité dans le respect et la tolérance.

 

Plus la détresse sociale sera grande, moins la gauche sera offensive dans ce qu'elle proposera en 2012 pour montrer aux citoyens qu'il est temps de changer, vraiment changer, et plus le terreau sera fertile à cet amas d'immondices d'où renaît régulièrement, tantôt à la faveur d'un débat sur l'identité nationale, tantôt sur la question religieuse, l'hydre du racisme, de l'intolérance, du populisme.

 

Ce ventre si fécond, il est grand temps de le rendre stérile ! 

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Guy RAMONA 17/12/2010 14:11


Si on est démocrate, on ne peut être qu’en désaccord avec cet article.
Pour son titre d’abord, à l’évocation préoccupante. La critique précédente est sans ambiguïté à cet égard. Elle a entièrement raison.
Mais c’est sur la démarche de fond que le message est le plus grave. Il condamne un « délit » de pensée. Au Diable les droits de l’homme s’ils dérangent… Selon l’auteur, nul n’a le droit de penser
autrement que ce qu’il estime être la bonne façon de le faire. La sienne.
Que l’avis de Madame Le Pen soit discutable, ça ne fait pas l’ombre d’un doute. Mais recourir, comme Staline, Hitler, Castro, Franco, Mussolini, Ceausescu, Polpot et quelques autres à l’injure
(bête immonde, abjecte, gangrène, égarés, saillies fangeuses, etc…) et à la condamnation (il faut condamner. Encore et encore), est totalement inacceptable. On a connu ça et on sait où cela a
conduit. Exprimer son désaccord, certes. Et fermement ! Avec un argumentaire susceptible d’ébranler les convictions caractérielles ! Mais pas « condamner ».
L’auteur de ce « ventre si fécond » a une formation universitaire. Il devrait tout de même savoir que les méthodes de l’Inquisition sont abolies. C’est peut-être ce qu’il préconise en prêchant
l’inverse… Torquemada est mort. Staline aussi. On attend des arguments ; pas les piques de septembre 89 ou les pelotons d’exécution de 71…
La seule parade à l’intolérance demeure la tolérance et la raison. La guillotine, le goulag, les camps, la pendaison n’ont rien résolu, si ce n’est faire apparaître le goût du crime et du pouvoir
absolu chez ceux, héros nationaux un temps, on ne saurait l’oublier, qui y ont recouru.
Laissons s’exprimer tout citoyen, quel qu’il soit, et le peuple voter. En fin de compte, le suffrage universel ne reflète pas si mal l’état d’esprit de notre Nation.


aubois 15/12/2010 14:29


Je partage les développements, mais je n'apprécie pas le titre et la conclusion "sur le ventre si fécond", car il participe pour moi à cette représentation de la femme via la fécondité, à l'origine
de tous les mals et tous les vices dans les représentation religieuses et nos sociétés patriarcales ! je sais que venant de ta part ce n'est pas une opinion, mais cette image littéraire regorge en
elle même une discrimination !