Chroniques d'une rencontre littéraire sétoise

Publié le par François Kuss

Sète, avril 2010.

 

Premier café littéraire qui suit de deux mois et demi à peine la sortie du livre.

 

L'intrigue se déroule dans la cité de mon enfance, mais en 1788. J'y mêle allègremment la fiction et la réalité, navigue sans cesse entre la nourriture de mes recherches sur l'histoire du Languedoc, mes connaissances et mes nouvelles découvertes sur la Révolution Française ; et d'autre part le fruit vagabond de mon imaginaire, dans lequel transpire une part d'âme, des souvenirs retravaillés, des envies inavouées, des scènes totalement créées de toutes pièces.

 

18h30. EntrP1040083ée en scène. Je ne pensais pas intéresser tant de monde. Une grosse centaine de  personnes au plus fort de la soirée.. Dire que lors de la campagne électorale écoulée dans certains endroits on était content pour moins du double !  Certes il y a les réseaux, les amis, la famille, mais le cercle est plus large. De nombreuses figures inconnues, qui font que le doute s'installe.. Le stress est là, latent, il s'incarne, suinte..

 

 

Comme toujours, je me suis rassuré par l'écrit. J'ai écrit une dizaine de pages avant le café, tel un discours, pour parer à toutes les éventualités, pour anticiper et sortir au bon moment, les "bons mots"..

 

Mais comme toujours, cela ne sert à rien. Le placebo est rattrapé par l'expression  du sentiment vrai. Je tâtonne au micro, mais nul besoin de réussir pour perséverer dit-on, alors je délaisse les feuillets, laisse trébucher ma langue sur les méandres de mon esprit qui pense en disant, et même si Dieu rit quand l'homme pense, je me dis in fine qu'il a peut-être dut simplement sourire et non dégoiser à chaudes larmes..

 

L'animateur, Tino Di Martino, un personnage digne de roman à lui tout seul, me questionne, m'interrompt, me pousse dans mes retranchements, et ma pensée acculée s'énivre, s'emballe, se surpasse.

 

Tout y passe, l'envie d'écrire, le sens que l'on donne à ces petits fragments d'âmes que l'on jette à la portée du lecteur.. Sète, Cette, deux réalités, deux fictions.. Le rôle de la science historique, trop souvent encore marquée du sceaux de l'histoire des grands hommes et pas assez des anonymes, son terreau, si fé cond ! Le roman en lui-même. Le XVIIIème siècle. Sa société de privilèges. L'impérieuse nécessité de réformes.. Les complots politico-économiques.. Les idées nouvelles. Déjà, le vent de liberté venu d'Amérique.. Déjà, la soif d'égalité venu des tréfonds de la conscience humaine..  Tout ceci pour finir sur un constat, que je ne cesse de marteler. Oui il faut, comme déjà en 1788, changer le monde ! Oui, de nombreuses Bastilles restent à prendre !

 

19h45. Le débat débute. Avec le public. Comment surpasser la tension description de la réalité historique tout en y mêlant la fiction ? Peut-on ne pas sacrifier l'un au service de l'autre ? L'ais-je fait ? Sans doute.. Assurément même me rétorque-t-on ! Viol de l'Histoire ? Il est certain que n'étant pas historien, j'ai profané le Temple. Souillé les textes sacrés. Le Complot des Salines va trop loin. Conte, légende.. et pourquoi pas balivernes pendant qu'on y est ?

 

Mais qu'importe. J'explique que depuis longtemps mon choix est fait. Il y a fort longtemps j'ai voulu être prof d'histoire. Je suis tombé dans la politique. Et ce faisant je découvre chaque jour la cruelle exactitude de la formule de Valéry "l'histoire justifie ce que l'on veut".. Pourquoi ce miracle ? Tout simplement par méconnaissance généralisée de notre passé..

 

Que faire face à des utilisations frauduleuses de l'histoire ? Face au discours officiel emplit de réécritures ? Deux solutions. Devenir historien. L'érudition. Incarner la sommité. L'expertise. L'absolu en quelque sorte.. Dure voie que ne prendra pas le commun des mortels.. même si l'on ne peut que regretter que les citoyens modernes aient rompus avec les humanités qui faisaient la caractéristiques des gentilshommes bien éduqués..

 

L'autre voie, je l'ai choisi par la force des choses. Mais in fine je pense avoir atteint sans doute un peu plus le vrai. L'histoire étant quelque chose de trop important pour n'être réservée qu'à des spécialistes, comment mieux faire oeuvre de pédagogie  qu'en la démocratisant via le roman ? Via la fiction ?

 

Vais-je trop loin disant cela ? Tout d'un coup dans mon esprit jaillit l'image du sachant qui, en quelque sorte, explique que pour le bon peuple, la Bible est trop indigeste, qu'il suffit en quelque sorte que les vitraux de l'église dépeignent correctement et simplement la vie du Christ et des évangélistes..


Le débat se poursuit. La vérité doit sans doute se situer, comme toujours, entre ces deux positions si tranchées.. En existe-t-il une d'ailleurs ? Posant ces jalons, la réflexion ne fait que commencer, d'autant que j'annonce, quel orgueil, que je bosse déjà sur un second opus ! Manière de réinventer à nouveau le passé, même si j'adhère à ce que disait Hugo lorsqu'il énonce que le passé ne peut être expliqué que "si la légende complète l'histoire ; l'histoire pour l'ensemble, la légende pour les détails".


Voilà une bonne explication pour les traits de ma plume. Ils se nourrissent de petites légendes ! Je termine sur le rôle des sans grades, des anonymes, des hommes, tout simplement. Qui sont et font l'Histoire. Le passé. Le présent. L'avenir. Ils ne figureront jamais dans les manuels. Aussi, leur histoire, réelle, mais tout autant fictive, pour peu qu'en tant qu'auteur on ne fasse ni contrese ns ni anachronisme, mérite bien d'être contée. 

 

Car si l'histoire est le roman des rois, le roman, lui est l'histoire des hommes ! (A. Daudet)


 P104010121h. La soirée a filé comme un songe. Que dire sinon merci aux présents ! Et dire que j'avais préparé une conclusion pompeuse ! Comme si la vie était une dissertation.. La soirée s'achève sur des retrouvailles, des dédicaces, des questionnements. Un prochain rdv est pris. Puis d'autres, qui me font penser que j'ai l'impression d'avoir apporté quelque chose. Sans doute n'est-ce qu'une impression, en tout cas c'est une énième manifestation d'orgueil c'est sur !

 

Je rentre, content de moi, si fier qu'il faut que je le dise, tout de suite.. Je téléphone. Narcisse ne parle que de lui.. Merci ma douce de cette oreille bienveillante ! En fin de compte j'ai tenté de vivre. Cela me plait. Reste donc à continuer. 

 

L'homme ne vaut que par ce qu'il fait disait Sartre.

 

Le Complot des Salines a besoin d'une suite.. Au boulot François ! 

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