Communication et voeux

Publié le par François Kuss

31 décembre / 1er janvier. Quel communicant, public ou privé, n'appréhende ces dates qui obligent à l'exercice consacré des voeux ? Hélas, la fin du monde n'ayant eu lieu selon les prévisions du calendrier maya, il a bien fallu se résoudre à prévoir, imaginer, et mobiliser toute la palette d'outils que la communication offre : carte, newsletter, animation vidéo, SMS, évènement interne, voeux aux citoyens par voie de presse, voeux à la presse, etc..

 

Mais au delà de la maîtrise des signes, l'exercice, récurrent, pose la question du lien entre voeux et communication. En effet, la communication étant, je le crois, un mot magique, employé à tord et à travers comme réponse à des problèmes qui nécessitent le faire avant de recourir au faire-savoir ; régulièrement, à l'occasion de formations ou d'interventions sur le sujet, je reviens basiquement à la définition du concept même de "communication" afin de mieux faire comprendre ses tenants et aboutissants.

 

Ainsi, à l'heure où tous, sur nos smartphones, dans nos boîtes mails, dans nos boîtes aux lettres, dans les affichages urbains ou encore dans les médias, traditionnels ou sociaux, nous recevons des voeux, il me semblait utile de revenir sur cet exercice via les multiples définitions du mot "communication". Cet article est donc une sorte de clé de décodage en quelque sorte, où chacun pourra comprendre les arrières-pensées communicationnelles qui se cachent derrière les voeux reçus ! 

 

1. Communiquer, c'est exercer un des attributs de l'imperium.

 

Trouverez-vous un chef d'Etat, un dirigeant public, quel qu'il soit, qui renonce à l'exercice des voeux ? Je serais curieux de faire le pari, car à ma connaissance, il n'y en a aucun. Pourquoi ? Tout simplement parce que détenir le monopole de la parole légitime et sacrée appartient à ceux qui détiennent ce que les romains appelaient "l'impérium", grossièrement, "le pouvoir". Et de cette prérogative découle celle de pouvoir raconter l'Histoire à  sa façon, et de la faire en imposant son agenda.

 

Dés lors, plus que jamais, incarner l'Etat au moment de la transition d'une année vers l'autre est nécessaire. Non seulement pour se rappeler au bon souvenir de ses administrés, de dresser des bilans, de projeter l'avenir, mais avant tout pour montrer, pour manifester l'incarnation de ce que Kantorowitz dénomme dans sa théorie le " corps sacerdotal " du Roi, c'est-à-dire la permanence de l'Etat qui dure alors que les hommes, (le "corps physique du Roi ") passent. 

 

2. Communiquer, c'est partager.

 

Comunicare, comunitas.. la racine latine du mot éclaire en quoi parfois la com' pour la com' se fourvoit alors que la communication est avant tout un échange et non une simple émission de messages. Cet échange nécessite des deux parties, mais surtout de celle qui veut prendre la parole, de l'écoute, et de la clarté. " La première des qualité du style " disait Aristote. Or trop souvent les institutions, publiques ou privées, se barricadent derrière leur jargon opaque, fait d'abréviations et d'acronymes qu'elles seules connaissent, telles des sociétés secrètes qui réserveraient le fruit de la connaissance aux initiés. 

 

Apologie de la simplicité ? Cela me semble vital. Mais comme le dit le Président de la République "normal", faire simple n'exclut pas la densité du propos. Et je recommande ses voeux 2013 aux français qui, en 8 minutes, permettent de voir combien l'exercice de ramasser ses idées, de les rendre accessibles, tout en maintenant une exigence de partage d'informations forte est délicat ! 

 

  

 

 

  3. Communiquer, c'est gérer les représentations.

  

Si l'on part du principe d'accepter les deux premiers axiomes, être légitime pour parler à partir du moment où l'on en détient la prérogative et s'exprimer clairement pour partager son message, a-t-on achevé de communiquer ? Loin de là hélas, car émettre un message, c'est prendre un risque. Celui de la critique, de la déception, pire, de l'indifférence !

  

 Stendhal disait que " La France est un pays où il est plus important d'avoir une opinion sur Homère que de l'avoir lu ". Or, à peu de choses près, là réside la limite de tout communication. Le bruit qui sera généré autour de l'émission d'un message est tout aussi important, voire plus, que le message en lui-même. Ainsi, pour revenir aux voeux, il faut non seulement envisager le fond, mais aussi la forme, " l'histoire à raconter " comme le déclament les adeptes du storytelling, le feuilleton qui ne manquera pas d'alimenter les chroniques de l'éphémère qui peuvent, sur la durée, rendre la parole émise inaudible. 

 

En cela, être capable de prendre du recul et de décortiquer soi-même son message est tout aussi vital que de le construire. De l'autocritique, vite !  

 

4. Communiquer, c'est donner du sens.

 

Depuis le début de l'article, je parle de message. Ce principe rejoint celui sur la notion de partage et de clarté. Le sens est essentiel en communication, en communication publique et politique en particulier. Car le terme a lui même deux définitions dont il ne faut oublier aucune.

 

Le sens c'est :  

- la signification.

- et aussi la direction, le cap. 

 

En gros il s'agit d'indiquer le pourquoi de telle action et le vers où conduit-elle ?  Méfiez-vous donc des communications ou des demandes de plus de communication qui ne répondent pas à ces objectifs, car qu'importe le canal utilisé, comme le disait Mac Luhan, le véritable "média, c'est le message". Et ce message doit répondre à du sens, sauf à n'être qu'une déclaration creuse et si peu digne d'intérêt qu'elle n'impactera pas celui qui la recevra.

  

 5. Communiquer, c'est laisser dans la mémoire des hommes une certaine différence.

 

Malgré des milliers d'années d'évolution, notre mémoire demeure limitée, et incertaine. Aussi, quand bien même un message sera légitime, clair, réussi dans sa forme et plein de sens, encore faut-il qu'il attire l'oeil, qu'il fasse tendre l'oreille.

 

 Les voeux sont un bon exemple de cette effusion de surenchères. Comment, parmi la petite centaine de voeux que recevra un individu par mail, SMS, MMS, courrier, publicité, jeux, etc.. être original ?

 

Depuis plusieurs années, les animations, graphiques ou vidéos, ont de plus en plus le vent en poupe, et j'avoue que comme communicant j'y ai moi-même recours. En 2012 par exemple, nous avions fait pour la Région Auvergne des voeux vidéos mettant en scène les agents, prélude à un film sur l'institution incarné par les agents. Les nouveaux moyens de communication et les nouveaux outils de partage que sont les médias sociaux permettent, en outre, de démultiplier l'impact pour peu que quelqu'un qui aura apprécié vos voeux, relaie sur son profil facebook ou son compte twitter cette façon " différente " que vous avez su de le toucher ! Dans la même veine, qui n'a vu pulluler sur les affiches de voeux les flashcodes et QR codes pour prolonger avec le récepteur du message l'expérience ? Encore une tentative de différenciation.. Et je passe sur les voeux 3D, les voeux qui ont recours aux "serious game" (le jeu), etc.. la palette est infinie ! 

 

Mais si tout le monde fait preuve d'originalité, alors ne revient-on pas au point de départ ?

 

6. Communiquer enfin, c'est répéter.

 

Là entre en jeu le véritable point clé de tout communication. Etre légitime, clair, raconter une belle histoire, veiller à ce qu'elle aie un sens, adopter un positionnement original sur sa forme sont nécessaires, mais non suffisants.

 

Car quotidiennement, vous, moi, sommes assaillis par une densité incommesurables de communications, publicités, messages promotionnels, et si nous ne les avons entendu, vu, lu, à plusieurs endroits et à plusieurs reprises, certainement ceux-ci disparaîtront dans les lymbes de nos cerveaux, saturés d'infobésité. Oui, trop de com' tue la com', et j'ai envie de dire qu'aprés tout, une communication réussie est celle qui ne se voit pas comme telle.

 

Petit conseil alors pour vos voeux, la reprise d'une campagne de communication déjà lancée, et qui aura bien sûr tenu compte de tous les critères inhérants à une bonne communication (points 1 à 5) ne sera pas superflue, car j'imagine que cette campagne de communication en question, vous y avez consacré du temps, de l'argent, et que ses effets, même s'ils sont positifs, s'estompent avec le temps alors quoi de mieux qu'une petite piqûre de rappel pour transformer l'essai chez ceux qui ont déjà vu le message et quoi de mieux qu'une énième tentative de toucher celles et ceux qui, malgré tous vos efforts, n'avait pas reçu le message ?

 

Comme la pédagogie, la communication est aussi une science de la répétition ! Ainsi, devant cette éternelle ascension du rocher de Sysiphe, il ne me reste qu'à vous souhaiter mes meilleurs voeux pour cette année 2013 !

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LOUANCHI 02/01/2013 21:25



lien vers http://www.dailymotion.com/video/xl0lyn_hocine-le-combat-d-une-vie_news


En 1975, quatre hommes cagoulés et armés pénètrent dans la mairie de
Saint Laurent des arbres, dans le département du Gard. Sous la menace de tout faire sauter à la dynamite, ils obtiennent après 24 heures de négociations la dissolution du camp de harkis proche du
village. A l'époque, depuis 13 ans, ce camp de Saint Maurice l'Ardoise, ceinturé de barbelés et de miradors, accueillait 1200 harkis et leurs familles. Une discipline militaire, des conditions
hygiéniques minimales, violence et répression, 40 malades mentaux qui errent désoeuvrés et l' isolement total de la société française. Sur les quatre membres du commando anonyme des cagoulés, un
seul aujourd'hui se décide à parler.


35 ans après Hocine raconte comment il a risqué sa vie pour faire raser
le camp de la honte. Nous sommes retournés avec lui sur les lieux, ce 14 juillet 2011. Anne Gromaire, Jean-Claude Honnorat.


Sur radio-alpes.net - Audio -France-Algérie : Le combat de
ma vie (2012-03-26 17:55:13) - Ecoutez: Hocine Louanchi
joint au téléphone...émotions et voile de censure levé ! Les Accords d'Evian n'effacent pas le passé, mais l'avenir pourra apaiser les blessures. (H.Louanchi)
Interview du 26 mars 2012 sur
radio-alpes.net