E-seniors, la nouvelle frontière des communicants

Publié le par François Kuss

Dans un quart de siècle, les "digitals natives" , ou plutôt les personnes qui n'auront pas connu le monde sans Internet, seront majoritaires dans la population. Alors peut-être ne s'étonnera-t-on plus que le web ait une influence sur la conduite d'une campagne électorale, sur la conduite des affaires, sur la vie quotidienne, etc..

 

Il est manifeste qu'alors, beaucoup rieront sur les questions qui taraudent notre époque : Etre ou ne pas être sur les réseaux sociaux ? L'avenir de la radio sera-t-il numérique ? Celui de la TV passe-t-il par la TV connectée ou par la TV "sociale"enrichie par le second écran que sont les smartphones ou les tablettes ? Faut-il encore miser sur les médias du XXème siècle (TV, radios), voire ceux du XVIème siècle (imprimerie) ou miser sur ceux du XXIème (web, réseaux sociaux, etc..) pour mettre en oeuvre une stratégie de communication ? La presse écrite doit-elle encore avoir pour support le papier ? etc.. 

 

D'ici cette époque où l'ADN même de notre civilisation aura profondément changé puisque non seulement les objets, les lieux, mais aussi les individus seront connectés ; d'ici cette époque où les internautes statiques derrière leurs ordinateurs feront figures d'homo erectus face aux "everynautes" connectés partout et tout le temps qui seront les véritables homo sapiens de l'ère numérique ; force est de constater que le champ des possibles s'étendant chaque jour, il pousse les communicants à sans cesse se remettre en question, à sans cesse réfléchir à la manière dont un message peut être construit et émis.

 

Car au delà même des tuyaux permettant la propagation d'un message, tuyaux toujours plus puissants, toujours plus nombreux, toujours plus rapides ; c'est le concept même de message qui se révolutionne dans son format. Vidéos, infographies, messages calculés sur le millimètre-étalon du micro-blogging ou de l'actu live, tout concourt à modifier le traditionnel verbatim, l'habituel article composé d'un chapeau, d'un "grand un" puis d'un "grand deux"..

 

Dans cette rupture, force est aussi d'admettre que ce champ des possibles gagne, chaque jour un peu plus, de nouveaux adeptes et parmi eux, les "e-seniors", ces "digitals immigrants" qui découvrent, avec doute, avec zèle, avec appréhension ou avec fureur les possiblités du net.

 

Les baby-boomers, ayant traversé les 30 glorieuses et les 30 piteuses en s'adaptant continuellement aux nouvelles technologies : généralisation de la radio, de la TV, du téléphone, puis du minitel, puis du téléphone portable et enfin du net semblent, à ce titre, les mieux parés pour semparer de ces nouvelles perspectives. Car si facebook enregistre un taux de pénétration record chez les moins de 25 ans, sa progression continue chez les plus de 55 ans ajoute désormais du grain à moudre au travail et à la réflexion de  tout communicant qui se respecte.

 

Cas d'école : comment, demain, parler à mes nièces de 11 et 14 ans, connectées en permanence sur tout un tas de réseaux et à leur grand-mère, la soixantaine heureuse, à laquelle elles apportent leur aide dans ses premiers pas sur le web (email, skype, facebook..) ? Quel rapport aux médias ces deux générations ont-ils ? Quels rapports aux institutions et aux paroles émises par celles-ci ?

 

Non, désormais les médias digitaux ne sont plus réservés ni au geeks ni aux "djeuns"...; désormais ils sont aussi vampirisés par les jeunes retraités, les femmes / hommes aux foyers, les quadra actifs.. bref, par toute la société. Alors que l'homo numericus était peint dans l'imaginaire collectif  sous les traits d'un junior, il devient de plus en plus senior et cette révolution impose une refonte des stratégies de communication. 

 

Quelle consommation du web pour quels usages ? Usages d'ailleurs qui ne jettent pas aux orties les canaux antérieurs de communication.. compliquant la tâche de tous ceux qui veulent, tout en respectant le récepteur, émettre efficacement un message !

 

A nouveau public, nouvelles frontières ! Trop encore ignorent l'émergence de ces e-seniors, obsédés par l'impénétrable "génération Y".. Gare à ceux qui manqueraient le virage, car en somme nous serons tous, un jour, des e-seniors.. Beau défi en perspective !

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