Ecrire est un acte d'amour..

Publié le par François Kuss

Ci-dessous, quelques réponses données à une interview dans le cadre de la revue Gardiolarem (cliquez ici pour en savoir plus sur l'association) à paraître le mois prochain.   Bonne lecture !

 

Gardiolarem : Quel est ton processus créatif ?

  

Il faut que je m’absente un peu du monde pour mieux y revenir afin de mettre mes idées au clair avant d’écrire. Il y a d’abord un temps où je griffonne sur ce qui me vient sous la main des idées éparses. Puis c’est au calme que je ramasse toute cette matière et lorsque je me sens suffisamment prêt, alors je me mets devant mon clavier. Mozart, Chopin ou Beethoven sont d’excellents compagnons. Pour autant une fois que j’en suis à quelques dizaines de pages, le manuscrit ne me quitte plus. J’en ai toujours sur moi une version papier que je corrige sans cesse, où que je sois. Du coup j’avance sur deux fronts en parallèle : écriture et réécriture. Cela me rappelle le jeu de mots d’un de mes profs de lettres qui décomposait le mot « littérature » et disait qu’un auteur devait sans cesse « lire ses ratures » ! C’est devenu mon exercice quotidien car je suis toujours à la recherche de l’expression juste, honnête avec ce que je veux faire passer, en harmonie avec la manière dont je veux toucher le lecteur.

 

Comment trouves-tu tes personnages ? Personnes rencontrées, imagination pure ?Un peu de toi ?

 

Il y a la fiction, mais je mentirais si je n’avouais pas que dans nombre de mes personnages, à commencer par les héros de mon roman figurent des personnes qui ont eu ou ont toujours une très grande importance dans ma vie.

 

 Quelles sont les motivations qui te poussent à écrire?

 

 Écrire est un acte d’amour disait Cocteau. Je suis assez d’accord avec lui. C’est un acte d’expression. Un acte intime avant tout mais tout aussi égoïste car une fois que l’on a jeté sur le papier ce que l’on voulait dire, qu’il s’agisse d’une envie de témoigner, de narrer quelque chose issu de son imagination, qu’il s’agisse d’une déclaration, etc.. alors on succombe avec délice à ce travers de notre temps qui fait de nous des petits Narcisses indispensables au monde ! Car l’acte d’amour et aussi un acte d’amour de soi. Qu'est-ce qu'écrire sinon avant tout mettre en scène son ego ? Qu'est-ce qu'écrire sinon raconter et surtout se raconter, puisque "les mots sont les passants mystérieux de l'âme" comme le dit si joliment Victor Hugo ? Par là j’assouvit donc cette soif métaphysique qui hante l'être humain depuis la nuit des temps, une soif qui nous rappelle que nous ne sommes pas nécessaires au monde alors que par nos réalisations, par notre art, par la "civilisation", disons plutôt la barbarie, nous essayons à tout prix, et reconnaissons-le, vainement, de prouver le contraire. J’écris pour laisser une trace, même si souvent les écrits sont vains.

 

Le syndrome de la page blanche. Tu connais ?

 

Trop souvent ! Ciseler sa prose est un art très délicat. Et hélas je n’ai pas le talent de Flaubert qui arrivait, en deux phrases, à décrire le sentiment amoureux. Prenez l’Éducation Sentimentale. La première phrase du livre et la dernière décrivent à merveille ce qu’est l’amour : « Ce fut comme une apparition » ; « Et ce fut tout » écrit-il. Comment mieux décrire les choses ?

 

 Est-ce qu’au travers de tes romans, tu fais passer des messages ?

 

Je n’aime pas trop prétendre au rôle de Cassandre au front éclairé. Mais comme le disait Gide « tout ayant été dit mais comme personne n'écoute, il faut toujours recommencer ». C’est là que ma passion de l’histoire prend toute sa dimension et s’articule avec un autre rôle que j’assigne à l’écriture. Un rôle social. Écrire est aussi un acte citoyen. Et comme nous ne pouvons comprendre le présent et envisager le futur qu’à la lumière du passé, en écrivant des romans historiques, même si je me permets quelques libertés avec l’histoire, je mets en exergue des périodes où l’utopie est devenue réalité. La Révolution Française par exemple, montre que la force collective de la majorité peut avoir raison de l’oppression et que nous ne sommes pas condamnés à vivre dans le monde dans lequel nous vivons. Démocratiser à travers une fiction ce message, c’est aussi faire oeuvre de pédagogie et contribuer à sans cesse changer le monde. Car comme en 1789, malheureusement dans le monde actuel, il reste de nombreuses Bastille à prendre !

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