Festina lente

Publié le par François Kuss

S'il n'y a qu'un seul mot qui fera date pour l'année 2012 dans le petit sérail du monde de la politique, de l'information et de la communication, c'est trés certainement le mot "normal". Mais si il est trop pour dire que "la présidence normale" sera à François Hollande ce que la "force tranquille" fut à François Mitterrand comme élément de langage générateur d'un mythe et d'une mythologie du pouvoir, en tout état de cause, voilà ce qui est aujourd'hui le "buzzword" de l'année.

 

Buzzword me demanderez-vous ? Oui, comprenez "le mot qui fait du bruit". Celui qui est sur toutes les lèvres. Celui qui nourrit cette propension inlassable des médias à ne voir que la surface des intrigues curiales, à ne s'intéresser qu'aux jeux de la conquête et non à celui de l'exercice lent et durable du pouvoir, à ne commenter que les stratégies d'acteurs, leurs "recettes" de communication et non leur action de longue haleine, celle qui n'est illustrable que par le temps long..

 

"Miracle le Président prend le train, comme un homme NORMAL" ou encore "Aprés trois mois de pouvoir, le Président normal doit prendre des mesures fortes pour faire face à une situation ANORMALEMENT grave" furent les bons mots de l'été d'une presse qui, non encore sevrée de la tempête sarkozienne, préfère continuer à demeurer une machine à commentaires, calembours, jeux de mots, un moulin à paroles plutôt qu'à revenir aux fondamentaux de son métier : l'enquête patiente, l'analyse froide, la prise de recul etc..  

 

Il est vrai que la communication privée de sens, dénuée de lien avec l'action tue le et la politique, mais elle tue aussi les médias. Or à ce jeu de qui perd perd, l'accélération du temps médiatique mis en scène par les chaînes d'infos continue (BFM, I-télé) ou le web (Twitosphère en tête) est un danger pour la démocratie.

 

Passionnés de l'éphémère, ces médias ne jouent plus leur rôle de médiateur entre la complexité du monde et leur auditeur. Dopés à un combustible qu'ils désirent anormalement  abondant, pétris de scoops en continu, de réactions aux réactions, d'annonces quotidiennes, ces médias ont vraisemblablement du mal à se faire, au delà des jeux de mots, au rythme apaisé, de la concertation, de la prise de décision sérieuse et non précipitée de la présidence normale.

 

Un déplacement suivi d'un discours plein d'annonces, lequel permettra ensuite d'aller pêcher des réactions d'opposants, d'experts et de citoyens est tellement plus commode et propice à nourrir le vorace appétit des rédactions qu'une enquête minutieuse et fouillée sur un sujet vieux de quelques semaines voire de quelques mois (sacrilège !)mais qui commence à peine à avoir des effets concrets !

 

Alors comme en cette rentrée, il semble que le naturel aidant, la sphère médiatique est auto-centrée sur ses problèmatiques propre d'audimat à court terme au dépend de son rôle d'analyste de l'actualité, lequel pose aussi le problème de ses moyens mais qui serait bien plus propre à lui assurer un audimat fidèle et durable plutôt que des citoyens zappeurs ; je voudrais encourager notre Président à demeurer normal, à poursuivre dans la voie qu'il tient de ne pas céder aux sirènes de la gouvernance par la communication de crise, et lui dire, comme modeste camarade socialiste que l'action patiente et coordonnée qu'il mène est le bon choix.

 

Bref,  à maintenir le cap de la devise de l'Empereur Auguste, celle du "Festina lente". Celle de bien gouverner pour le peuple, et non pour satisfaire la soif immodérée des manitous de la politique spectacle.

 

La com n'ayant jamais remplacé l'action et comme il n'y a pas d'action sans durée, continue, cher François, de ne pas mettre la charrue avant les boeufs et de donner du temps au temps, de te "hâter lentement" !

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