Sisyphe heureux

Publié le par François Kuss

Depuis un siècle, la gauche a exercé en France le pouvoir à 7 reprises. Un an en 1924 ; guère plus en 1936 ; trois ans à la Libération, et enfin, aprés un long hiver éclaircies de quelques mois de mendésisme, quinze années entrecoupées sous la Vème République :1981 - 1986 ; 1988 - 1993 ; 1997 - 2002.

 

Le reste du temps de ces épisodes aussi brefs qu'épars, la droite a été le pouvoir. 

 

Ce petit rappel me semblait utile pour appuyer le fait du jour, l'évocation par François Hollande du mythe de Sisyphe. Pour avoir osé défier les Dieux de l'Olympe, il fut condamné à faire rouler éternellement, dans le Tartare, un rocher jusqu'en haut d'une colline dont il redescendait chaque fois avant de parvenir à son sommet, tel que le narre Homère dans l’Odyssée .

 

Positivant le récit en citant la manière dont Camus en fit un personnage qu'il "fallait imaginer heureux" et non pas condamné à l'échec perpétuel, François Hollande a montré ce jour lors de son passage au Salon du Livre de Paris une détermination et une force qui montrent bien d'une part sa culture (car lui au moins ne se pose pas la question de l'utilité de la lecture de la Princesse de Clèves ) ; mais surtout son sens du poids de l'Histoire.

 

 

A contrario du candidat sortant, qui égrène dans ses discours les faits de notre récit national selon les humeurs et certainement les lectures de son irritable conseiller et plume, Mr Guaino, mêlant allègremment les références sans cohérence et sans connaissances ; François Hollande mesure le poids du passé.

 

Celui de la gauche en particulier, qui n'obtient le pouvoir qu'à force de luttes tandis que la droite le conserve comme un héritage. De nombreuses générations d'hommes et de femmes, "ont façonné l'Histoire de France, sans jamais y avoir accès" dit François Mitterrand lors de son investiture en mai 1981.

 

Aprés 10 années de pouvoir de droite sans discontinuer, aprés 3 élections présidentielles perdues ; même si le désir d'alternance, même si le besoin d'alternative sont grands dans le pays ; rien n'est gagné et Sisyphe, de nouveau, peut se retrouver à regarder le rocher dévaler la pente aprés des mois d'ascension douloureuse.

 

Une belle déformation d'un adage populaire dit " tout vient à point à qui sait le prendre ".. 

 

Le 22 avril, le 6 mai, rien ne sera donné au peuple qu'il n'aura pris.

 

Et si Nicolas Sarkozy s'emploie si souvent, comme en 2007, à brouiller ce qui fut le bilan de la gauche au pouvoir pour mieux cacher ce qui est son boulet, c'est justement pour brouiller les repères, effacer les traces des grands acquis de la gauche et parce que son projet n'accordera rien à ceux qui souffrent déjà de sa politique depuis 5 ans.

 

A un mois du premier tour, la mobilisation ne doit pas faiblir pour que s'opère, avec François Hollande, le changement.

Rendre Sisyphe heureux, c'est maintenant !

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