Tant de Bastilles encore à prendre !

Publié le par François Kuss


L’aventureprise_de_bastille.JPG littéraire continue et au fil du temps, un certain détachement nait entre l’auteur et sa création. Le Complot des Salines appartient désormais aux lecteurs, à leurs analyses, leurs critiques, leurs éloges, leurs interrogations, leurs imaginaires, à tout un processus qui donne trait et figure aux mots que j’ai versé au pot commun de la littérature.


Cette distanciation est grisante surtout lorsqu’on revient vers moi pour aborder ce que j’ai voulu dire car je m’aperçois qu’au final, deux messages m’animaient. Le 1ier était d’offrir quelques fragments d’âmes, car écrire est un exercice de dévoilement inédit, souvent inconscient mais qui reste néanmoins une aventure intime qui pousse à sortir des tripes et à retranscrire nos joies, nos colères, nos envies, nos désirs..

Le 2ème, moins narcissique mais tout aussi prétentieux participe de cette entreprise toujours recommencée, toujours neuve, qui pousse à se révolter pour changer le monde. Petit pavé dans un mare immense, il est certain que mon livre n’y suffira pas, d’autant que le pavé subira l’érosion du temps et de l’oubli bien vite, comme toute les entreprises humaines, comme tous les écrits.. Vains ?  Il n’en demeure pas moins qu’en le jetant dans cet océan immense qu’est la vie, j’espère que les quelques ondées qu’il provoquera seront utiles.

En quoi ? Tout simplement pour rappeler que presque deux siècles et demi après 1789, il reste de nombreuses Bastilles à prendre. Des Bastilles non pas seulement symboliques mais bien réelles, qui enferment, qui cloisonnent, qui aliènent les êtres humains, toujours aussi nombreux qu’autrefois, si ce n’est plus.

Sans parler de l’accès à la subsistance ou aux droits de base qui font tant défaut à ce nouveau Tiers Etat que l’on nomme depuis les années soixante Tiers-Monde, sans parler des injustices sociales qui n’en finissent pas de grandir, le plus grand recul qu’encourt l’humanité aujourd’hui, une humanité soumise à de nouveaux despotismes (seront-ils éclairés? J’en doute ! ), c’est de perdre cette bataille de civilisation qu’est la prise de la Bastille du savoir.

La démocratisation éducative, en recul, est un combat à mener à chaque instant par chaque gouvernement qui souhaite œuvrer pour le bien commun. Condorcet, devant l’Assemblée Nationale en 1792, assignait à « l’instruction nationale » le devoir d’« offrir à tous les individus de l’espèce humaine les moyens de pourvoir à leurs besoins, d’assurer  leur bien-être, de connaître et d’exercer leurs droits, d’entendre et de remplir leurs devoirs ».

Ce devoir de justice qui fait de l’école le patrimoine de ceux qui n’en ont pas est en recul. De lointains échos de campagne électorale qui sentent le rance parlent de vidéo-surveillance dans les établissements scolaires alors même que ces derniers sont saignés à blanc depuis quelques années sous couvert de réduction d’effectifs de surveillants. L’éducation coûte cher certes, mais préfère-t-on l’ignorance ?

Décidément, il reste de très nombreuses Bastille à prendre, et il n’était pas si inutile de rappeler, par un roman, que des hommes déterminés, autrefois, ont réussi à en faire tomber une, à conduire une Révolution, pour le plus grand espoir de l’humanité !

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