Vive l'impôt !

Publié le par François Kuss

Depuis dix jours, le feuilleton tragi-comique des aventures fiscales d'Obelix chez les Belges permet de mesurer combien le combat idéologique, je n'ose dire de classe, tel que le définissait Gramsci, demeure à mener afin de briser définitivement les arguments des bonnes âmes qui se relaient sur les plateaux TV ou devant les journalistes pour défendre le choix de l'évadé fiscal Gérard Depardieu et poussent des cris de vierges effarouchées face aux mesures fiscales soit disant "confiscatoires" du gouvernement socialiste.  

 

Se rappelent-ils seulement, ces pourfendeurs du moins d'Etat et du moins d'impôt que notre République s'est forgée et construite contre l'abolition des privilèges ? Mesurent-ils combien leur volonté de privatiser leur santé, leur sécurité, leur éducation et de faire sécession de la Nation en refusant simplement de contribuer aux dépenses communes est une atteinte à leur propre citoyenneté ? Et que dire d'une morale égoïste et inhumaine..

 

Ainsi, en ces temps où il est de bon ton de défendre le riche et le puissant contre la veuve et l'orphelin, rebaptisés péremptoirement "assistés", je ne peux qu'inciter les militants du progrès à se replonger dans une lecture lumineuse qui permettra de soutenir les choix justes et courageux de François Hollande comme la taxe à 75% ou encore l'abolition du bouclier fiscal.

 

Il s'agit d'un essai paru en 2007 et écrit par l'actuel député européen et professeur d'économie Liêm Hoang-Ngoc, qui, via le titre provocateur de "Vive l'impôt" résume l’histoire de la fiscalité et réhabilite la progressivité, forte, des impôts afin de les rendre plus justes contre le principe de proportionnalité.

 

31mukYAuNOL__AA278_PIkin4-BottomRight--44-22_AA300_SH20_OU0.jpgL'essai débute en 1792, avec l'arrivée des « quatre vieilles » taxes (patente, bâti, non bâti et mobilière), qui remplacent la taille, la gabelle, la corvée et la capitation (créé en 1701 sur le tiers-état), puis l'auteur nous incite à voyager sous la IIIème République avec la création par Joseph Caillaux entre 1914 et 1917 de l'impôt sur le revenu, dont la tranche la plus élevée va monter jusqu'à 90 % en 1924, et de l'impôt sur les successions.

 

Enfin, dans un comparatif intéressant, un petit détour vous amènera aux États-Unis pour y découvrir que le taux le plus élevé de l'impôt sur le revenu a été porté à 91 % lors de la Seconde Guerre mondiale et qu'il faut attendre 1964 pour qu'il revienne à 70 %. Ronald Reagan, modèle des néo-conservateurs, l'abaissera à 50 % en 1981 puis à 28 % en 1986 mais Bill Clinton le relèvera à 39,6 % en 1992, avec un taux prohibitif pour les rémunérations dépassant un million d'euros..

 

Bref, un essai rafraîchissant qui illustre combien la sécession fiscale des puissants est contraire aux principes mêmes de notre République puisque dés la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789, son article 13 spécifiait " Pour l’entretien de la force publique, et pour les dépenses d’administration, une contribution commune est indispensable. Elle doit être également répartie entre tous les Citoyens, en raison de leurs facultés".

 

Alors Vive l'Impôt !

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