Culture et exception française

Publié le par François Kuss

Presque deux mois après ma dernière séance dédicaces, si singulière, à Sète, fuyant les morsures de la bise qui crucifiaient dès l'aurore le ciel auvergnat, j'ai  passé ce dimanche dans la chaleur de la Maison du Peuple du petit bourg de Combronde au nord de Clermont-Ferrand, pour mieux retrouver un public toujours improbable et lui faire partager ma passion de l'écriture. 

 

Ce Noël des romanciers d'Auvergne (tel était le nom du salon) boucle ainsi une année commencée à Lanobre, dans le Cantal, quelques semaines à peine après la sortie du Complot des Salines fin janvier 2010.

 

Sans être un élève assidu des fêtes et salons du livre ; de ces pérégrinations qui m'ont amené au Puy-en-Velay, dans la Loire, le Cher, à Courpières près de Thiers, à Vichy, mais aussi dans les Cévennes ou encore à Vic-la-Gardiole et Frontignan autour du bassin de Thau, sans parler de Céret en pays catalan, et bien sûr la consécration à la Comédie du livre à Montpellier; de toutes ces rencontres où foisonne une densité culturelle que l'on ne soupçonne pas, je ressors instruit d'une leçon particulière sur le rapport de la ruralité à la culture. Et surtout, sur notre exception française.

 

Il est évident qu'au cours de ces étapes, hors celle de Montpellier, je n'ai rencontré aucun auteur digne de subir un jour la controverse des commentateurs à la langue ascérée qui font la pluie et le beau temps chaque dimanche soir sur France Culture dans l'émission du Masque et de la Plume. Et j'avoue que, partant la fleur au fusil avant l'édition de mon ouvrage, plein de moi-même et d'un tropisme intellectuel marqué encore du sceau de la vie parisienne, je considérais alors qu'hors de ce sentier il n'y avait point de salut. 

 

Depuis, au seuil du 1000ème livre vendu en moins d'une année par le monde de la petite édition, distribué dans à peine quelques librairies et sur le net, fort du soutien des amis, collègues et connaissances, fort surtout de ce matelas de salons et de fêtes qui fait vivre, loin des circuits balisés, une intense pépinière de talents et va bien au delà du roman de terroir mais permet de découvrir des poètes, des gens de théâtres, des essayistes, des romanciers, etc.. fort de cette petite expérience je porte sur la culture un regard neuf.

 

Il est de la responsabilité des pouvoirs publics, sur le mode malrucien, d'ériger des symboles, des grandes oeuvres, d'imaginer de grandes gestes (et sur ce volet là, hélas, il y a sans doute tout à refaire depuis l'épopée mitterrandienne). Sur ce volet là, y compris culturel, quoique de gauche je partage l'opinion gaullienne d'une France qui ne peut pas être la France sans grandeur.

 

Mais parce que cette grandeur culturelle semble de plus en plus corrompue par un mal qui ronge, celui de l'argent, enfermé dans un cénacle d'une centaine de personnes qui font la pluie et le beau temps, il semble tout aussi important de ne pas se couper de ce terreau de glaise qui façonne encore la vie quotidienne d'un pays de "rurbains" et de donner leurs chances aux talents de ces territoires qui n'auront jamais l'heur des colonnes des critiques littéraires du Monde ou de France Culture.

 

Jadis les hussards de la République faisaient aimer aux enfants de paysans la Grande Patrie en s'appuyant sur l'histoire de la petite. Lorsque l'on se promène dans une grande enseigne culturelle aujourd'hui, franchisée évidemment, l'aporie culturelle et le standardisme font craindre de plus en plus pour cette exception, toute française, même si vaillamment encore, subsiste un réseau de libraires indépendants.

 

Je ne sais si tout est culturel comme disait un certain Ministre, mais même si tout ne mérite pas d'être valorisé, sans doute gagnerait-on à soutenir les initiatives, qui loin des monstres sacrés et des circuits purement commerciaux, dans leur diversité et leur foisonnement, donnent encore à espérer, dans la littérature, mais aussi le théâtre et la musique, en notre exception culturelle, celle d'une espérance en l'universel.     

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christine chancel 15/12/2010 21:34


effectivement très beau résumé "culturel"...
rencontre agréable et conviviale !


lagrande stef 12/12/2010 20:26


Joli article, et ravie de t'avoir enfin rencontré "en vrai". A très bientôt. Amicalement. Stéphanie