L'enfant de Floréal, chapitre 2

Filant à brides abattues à travers les bois et vallées qui l’avaient vu naître et cette province qu’il affectionnait tant, La Fayette songeait à sa mission avec allégresse. Non seulement il avait pu s’évader d’une forteresse bien gardée et traverser l’Allemagne sans encombre, mais il avait réussi le tour de force de traverser le front sans se faire remarquer ni par les armées prussiennes ni par les armées françaises.

 

Son équipée, d’abord à travers les Etats du Saint Empire Romain Germanique, puis les campagnes du nord et de l’est de la France décimées par une guerre qui durait maintenant depuis deux ans, n’avait pourtant pas été de tout repos. Deux jours à peine après sa fuite, il avait bien failli se faire reprendre par une milice bourgeoise près d’Erfurt. Durant la traversée de la Forêt Noire, il avait enduré un climat encore hivernal et dut passer le col enneigé de Gütenbach les pieds presque nus tant ses chausses étaient en mauvais état.

 

Arrivé à Freiburg neuf jours après son évasion, sans vivres ni argent, il avait pu reprendre des forces grâce aux soins que lui avait prodigués l’aînée des filles d’une famille d’émigrés. Réfugiée avec lui dans une église réformée, la famille de Goulet de Montlibert, de la petite noblesse mosellane, arrivait de Secourt, près de Metz. Pour eux comme pour d’autres, la Terreur était devenue insupportable depuis le vote de la Loi des suspects[i].

 

Le vicomte Horace de Montlibert avait pourtant exprimé de la sympathie pour le mouvement qui s’était mis en branle en 1789. D’origine noble, mais n’ayant pas suffisamment de fortune pour acheter une charge, il avait soutenu fermement la réforme des emplois publics, désormais accessibles selon les règles égalitaires du seul mérite individuel.

 

Aujourd’hui, parce qu’il désapprouvait les massacres arbitraires, parce qu’il avait une autre conception de la liberté, parce que tout simplement, il était d’origine noble ou qu’il refusait le culte d’un être soit disant suprême, il était obligé de fuir…

 

Ses paroles raisonnaient encore dans la tête de La Fayette, horrifié de retrouver son pays aux mains de brutes et de bouchers.

 

- « Cher ami, l’avait prévenu le vicomte, rentrer en France est une entreprise suicidaire. Je ne sais ce qui vous pousse à fuir l’Allemagne mais depuis cette loi scélérate, laquelle, figurez-vous, est datée dans leur calendrier du « jour de la Vertu », les nobles et leurs parents qui n’auraient pas constamment manifesté leur attachement à la Révolution sont considérés comme suspects et passible du Tribunal... Pour résumer, nous sommes coupable par nature ! »

 

Enfermé depuis deux ans, ne recevant que des informations parcellaires et contrôlées, La Layette, avait beaucoup appris de ces échanges. Il devait se faire une idée précise de l’état de la France pour mener à bien son projet.

 

Par précaution, il n’avait pas révélé son identité. Pour parer à tout imprévu ou demande sur son périple, il prétextait la maladie d’une vieille mère agonisante qu’il ne voulait pas laisser mourir seule dans un pays en guerre. Testée auprès de Montlibert, cette version avait semblé plus vraie que nature au point que ce dernier se fit un point d’honneur à l’aider davantage, à la fois matériellement et par de nombreuses indications.

 

Grâce à ce concours inespéré, La Fayette put contourner les positions prussiennes sur le Rhin. Une fois en Alsace, il avait rejoint Colmar et trouvé refuge chez le grand oncle du vicomte, un prêtre réfractaire qui avait réussi à échapper à la répression et à la furie de déchristianisation du régime robespierriste.

 

Seul ce prêtre connaissait son secret à présent que tout était joué. Bien que mauvais catholique, La Fayette avait confessé ses intentions à cet inconnu et avait même accepté son aide avant de reprendre son périple qui l’avait d’abord mené à Paris, puis maintenant, en Auvergne.

 

Une fois certain d’être arrivé à quelques kilomètres de la Chaise Dieu, il s’accorda une halte en pleine forêt. Le fraîcheur des sous-bois était encore vive en cette fin du mois de mai et faire un feu était exclu afin d’éviter de se faire repérer. La pause fut donc rapide. L’enfant qui l’accompagnait, malgré l’inconfort du voyage à cheval, dormait profondément. Tenir cet enfant dans ses bras, arriver jusqu’ici avec lui, c’était bien le signe que la Providence n’avait pas abandonné la France à des bourreaux sanguinaires !

 

Mais rien n’était joué. Il fallait encore atteindre le refuge, traverser les ruelles du bourg, éviter de se montrer, d’attirer l’attention, d’être pris. A la faveur de la nuit, pénétrer dans le village fut plus facile que prévu. Aucun garde en faction, aucune patrouille n’étaient venus troubler leur passage clandestin.. Redoutant le bruit des sabots sur le pavé des ruelles, La Fayette avait libéré son cheval en forêt et pénétré dans le village avec l’enfant dans ses bras. Chaque enjambée renforçait sa crainte de voir surgir de nulle part une âme en peine qui aurait donnée l’alerte. Puis, enfin, la terre promise. Au détour du four banal, presque quatre semaines après son évasion de la profonde Saxe, son errance prenait fin dans cet ancien couvent des visitandines.

 

Avant de franchir les arcades de l’entrée, il jeta un œil derrière lui, par réflexe. Enfant, il adorait cet endroit et rendait souvent visite à sa tante, la comtesse de Semblançay, retirée du monde après le décès de son mari lors de la guerre de sept ans. La dernière fois qu’il était venu dans cet endroit, il avait tout juste quatorze ans. Orphelin depuis un an, il était venu dire adieu au dernier membre de sa famille encore en vie et s’apprêtait à partir pour Paris au collège du Plessis.

 

Plus tard, lorsqu’il devint général de la Garde Nationale chargé de la sécurité du roi, il avait appris que le couvent, avec la Révolution, avait était vendu comme bien national. Les visitandines de la Chaise Dieu avaient alors rejoint leurs consoeurs de Brioude, autorisées à demeurer dans leur abbaye parce qu’elle servait également d’hospice aux incurables et de refuge aux nécessiteux.

 

A présent, le couvent était presque en ruine. Vendu par lots, pillé, il avait servi successivement de grenier à grains, de manufacture de dentelle, puis tout simplement de carrière. L’ancien jardin à la française des nonnes était depuis longtemps envahi par des herbes folles au milieu desquelles La Fayette, l’enfant par dessus l’épaule, se fraya un chemin jusqu’aux corps de bâtiments principaux, dont l’entrée était surplombée par un campanile. L’absence de cloches attira son attention. Elles avaient certainement été saisies pour être transformées en canons..

 

Il entra dans le monastère et traversa la grande salle. Autrefois, c’est ici que les religieuses prenaient leur repas, dans le silence et la dévotion. La vierge noire qui était placée au centre du mur nord avait disparu. Si les visitandines ne l’avaient pas sauvegardée, cette magnifique pièce médiévale avait du finir dans un bûcher expiatoire… L’endroit était méconnaissable. Il continua et sortit par une petite porte qui donnait sur le cloître. Par miracle, les voûtes gothiques en pierre volcanique de Volvic qui faisait la beauté de ce promenoir du XIIIème siècle étaient intactes. La petite chapelle romane attenante, malgré l’abondante végétation qui commençait à l’envelopper, avait été épargnée elle aussi.

 

La Fayette et le garçon pénétrèrent dans l’église. Si les révolutionnaires ne s’en étaient pas servis de carrière, à l’intérieur, aucun vitrail, aucune statue ou objets de culte n’avait réchappé aux dégradations. Seul un retable à demi brisé et quelques bancs sacerdotaux jalonnaient la nef vide. Le chœur, entouré de lourdes colonnes, semblait orphelin de son maître autel en marbre vert de style florentin et de son Christ en croix serti de médaillons de pierres précieuses et de reliques de martyrs locaux. Un vent glacial soufflait contre les murs épais où subsistaient encore quelques traces de fresques.

 

Il se dirigea vers l’entrée de la crypte souterraine. Il ne faisait aucune illusion sur l’état des reliques de Saint Julien. Les grilles qui en scellaient le seuil avaient été arrachées. Les tombeaux et les gisants des abbesses tous profanés. Quelques crânes et ossements demeuraient parmi les débris. La Fayette installa l’enfant à l’emplacement d’un tombeau vide creusé dans la pierre et lui donna sa cape en guise de couverture. Il fabriqua une torche et entreprit de dégager les débris les plus encombrants vers le fond de la crypte, là où, jadis, un petit laraire se dressait pour accueillir les prières des fidèles.

 

Deux jours durant, ils se contentèrent des maigres provisions qu’il lui restait. L’enfant, encore très faible, ne parlait toujours pas. A la peur et l’état de choc des premiers jours avaient succédé quelques regards de confiance, sans pour autant briser le mutisme qui commençait à peser lourdement sur le moral de La Fayette.

 

Il lui avait pourtant bien expliqué qu’il ne lui voulait aucun mal et qu’à présent, il était à nouveau libre, qu’il était là pour le protéger contre ses anciens geôliers. Mais pour l’instant, les moments de détresse et de solitude qu’avait du vivre l’enfant étaient sans doute trop vifs pour qu’il puisse s’en détacher si rapidement.

 

Au matin du troisième jour, La Fayette se réveilla en sursaut. Etait-ce dans son sommeil ou avait-il vraiment entendu des pas ? Sans attendre la confirmation de ses doutes, le plus silencieusement possible, il s’approcha des escaliers qui montaient de la crypte vers le chœur et saisit les deux pistolets accrochés à sa ceinture, chargés en permanence. Des pas, bien réels, se faisaient de plus en plus lourds. Arrivé en haut des marches, La Fayette aperçut une silhouette qui se dirigeait vers lui.

 

Sans autre choix que de réagir sous peine d’être découvert, d’un bond, il fit face et cria « Qui va là ? », pointant ses pistolets droit devant lui.

 

- « Du calme mon ami, c’est moi ! répondit l’inconnu. Je t’ai connu plus pacifique ! »

 

- « Et nous avons connu des temps meilleurs. » rétorqua La Fayette. « Tu as deux jours de retard, ce qui met en danger notre mission, mais cela me fait terriblement plaisir de te revoir Alexandre. La dernière fois, c’était juste avant que nous ne nous fassions enfermer comme des bandits de grand chemin.. Tu es sur que tu n’as été suivi ? »

 

- « J’ai pris mes précautions. Mais ne traînons pas là. Où est l’enfant ? ».

 

- « Suis-moi. »

 

Les deux hommes descendirent dans la crypte. Les bruits avaient réveillés l’enfant. La Fayette s’approcha de lui pour le rassurer. Il inclina la tête, puis, en se redressant, s’adressa au jeune garçon.

 

- « Majesté, permettez-moi de vous présenter Alexandre Théodore Victor de Lameth, Comte de Péronne, Maréchal de camp de l’armée du nord de Votre Majesté. »

 

Comme toujours, le garçon ne répondit rien. Dans la semi pénombre de la crypte, il scruta le regard de Lameth puis se blottit contre le mur. Posant genoux à terre devant le garçon, Lameth baissa la tête et déclara allégeance au Roi. Interloqué, le garçon sourit à cette scène étrange et passa sa main dans les cheveux de Lameth, comme en signe d’adoubement. Quelques instants plus tard, La Fayette et Lameth s’isolèrent pour discuter de leurs projets.

 

- « Je dois t’avouer que ne croyais plus à ta venue. J’étais sûr que tu n’avais pas eu mon message, ou pire, qu’à présent les républicains n’allaient pas tarder. »

 

- « J’ai été quelque peu retardé près de Saint-Étienne » répondit Lameth. La ville est en état de siège depuis  quelques jours. Un réseau entier de monarchistes a été découvert. Le Comité local a pris des mesures qui m’ont obligé à faire un détour par des endroits peu surveillés, mais inaccessibles. continua-t-il. Lorsque le prêtre que tu m’as envoyé m’a remis ton message, je n’en croyait pas mes yeux. Aucune information n’a filtré sur ton évasion ! »

 

Puis, il ajouta « Mais il est vrai que depuis que je vis à Berne, je n’ai pas beaucoup de contacts avec les cercles bien avisés. Tout juste quelques émigrés bons à la guillotine qui croient encore au retour de l’absolutisme… »

 

- « Hélas, la voie équilibrée que nous avions choisie de défendre a cédé à la furie sanguinaire d’un côté comme de l’autre. acquiesçât La Fayette. Les actes de barbaries sont légion. Que ce soit de la part de ces pauvres chouans fanatisés par des princes et des prêtres obscurantistes ou de la part des sans-culottes et des républicains enragés qui persécutent tout le monde au nom de la pureté révolutionnaire et de la vertu républicaine… »

 

- « Désormais, la libération de ce garçon va redonner du sens à notre idéal. poursuivit La Fayette. Louis XVII n’est plus un martyr. Selon la Constitution de 1791, il est le roi des français. Il nous appartient de l’accompagner dans la reconquête de son royaume et de faire en sorte qu’un jour, il soit couronné, recouvre le trône et, sublimant son malheur, offre par son pardon, la liberté à notre peuple ! ».

 

- « Rien ne pourrait me faire plus plaisir que de faire en sorte que ce jeune garçon règne. dit Lameth. Mais est-tu sûr de son identité ? Il est demeuré étrangement silencieux lors de notre brève entrevue.. »

 

- « Je sais, rétorqua La Fayette, il ne parle pas pour l’instant. Comprends-le, il n’a que 9 ans et a vécu enfermé depuis deux ans… Et puis, je peux t’assurer que c’est bien lui pour avoir réussi à pénétrer dans la prison la mieux gardée de Paris et en être sorti, indemne, et qui plus est à deux… »

 

- « Comment as-tu pu alors ? Tu avais des complices ? Raconte… »

 

- « Plus tard. » tempéra le marquis.

 

- « Alors dis moi comment compte-tu t’y prendre pour fédérer les forces autour de lui ?C’est bien pour ça que nous sommes là, non ? Le pays est exsangue, terrorisé. Nous devons faire face à une machine de répression plus dure et plus efficace encore que les lettres de cachet d’autrefois. Seule la Vendée, bien qu’elle ait été écrasée, résiste, justement parce que fanatisée. Pour le reste…

 

- « La Plaine[ii] nous suivra » coupa Lafayette. Jusqu’à présent, le marais des indécis, des prudents et des honnêtes gens est terrorisé par les bouchers du comité de salut public, mais il n’aspire pas non plus à un retour à l’ordre ancien comme le veulent Artois[iii], Provence, la plupart des émigrés ou les chouans. »

 

- « La Plaine n’a pas hésité à livrer Brissot ou Danton à la guillotine » fit remarquer Lameth.

 

- « Oui, parce qu’elle n’avait pas le choix… Crois moi, les députés de la plaine et toutes les forces de la France éternelle n’aspirent qu’à l’ordre et au progrès ! Louis XVII incarne ces deux aspirations. Il peut être un roi de réconciliation. poursuivit Lafayette. Son père n’a pas pris la mesure historique des évènements, mais Louis XVII pourrait bien être la synthèse entre l’Ancien Régime et la Révolution. Il personnifie l’ordre à travers la continuité dynastique, il représentera le progrès en étant un roi constitutionnel, dont les pouvoirs seront fixés par la constitution de 1791, la seule valide, la seule qui exprime les aspirations de la souveraineté nationale. » 

 

Lameth, par nature, avait toujours été sceptique sur les élans lyriques de La Fayette. Pourtant, il devait admettre que depuis les batailles de Virginie pendant la guerre d’Indépendance des Etats Unis d’Amérique où il avait servi aux côtés de Rochambeau et de La Fayette, ce dernier avait toujours exercé une grande influence sur lui, notamment en raison de sa force de conviction.

 

Son projet, en outre, était pour partie en passe de réussir. Louis XVII était libre. Là où tant d’autres n’avaient fait qu’ébaucher des évasions de romans, La Fayette avait réussi. Mais peut-être cette étape n’était-elle que la plus aisée.. Organiser une résistance nouvelle, originale, équilibrée dans une France en guerre contre l’Europe entière et contre elle-même était-il possible ?

 

Bien sûr, allumer un nouveau feu de révolte contribuerait à précipiter la République dans les oubliettes de l’histoire…Prise en tenaille entre la guerre extérieure, la guerre civile en Vendée et la future armée de Louis XVII, sa fin ne pouvait qu’être proche… Mais l’espoir de La Fayette se fondait sur presque rien…Le camp monarchiste se rallierait-il à Louis XVII et à l’idée d’une monarchie constitutionnelle ? Après tout, quand La Fayette et lui-même avaient rejoint les émigrés en 1792, ils avaient essayé de convaincre le Comte d’Artois et le Comte de Provence sur le caractère intangible des acquis de 1789. Pour toute réponse, n’avaient-ils pas eu une fin de non recevoir et le droit de finir leurs jours dans la forteresse autrichienne de Magdebourg ?

 

- « Crois-moi Alexandre, termina La Fayette, je sais que l’entreprise est périlleuse, insensée même. Il serait plus facile de fuir à l’étranger, de livrer ce garçon à ses oncles, qui s’empresseraient de l’enfermer à leur tour. Cela nous apporterait la gloire, nous connaîtrions même le retour en grâce… Mais Artois ou Provence sont des obscurantistes d’un autre âge. Si un jour ils restaurent le trône, ils n’auront de cesse de vouloir effacer ce qu’il y a de plus noble dans le mouvement de 1789 et qui aujourd’hui est perverti par les républicains. »

 

- «  Je sais tout cela Gilles, mais pourquoi ne pas aller en Angleterre, ou en Autriche ? Le roi est le cousin direct de l’Empereur. Sous sa protection, ses oncles n’oseraient rien contre lui.. »

 

- «  Certes, mais les français n’accepteront jamais un roi qui rentre dans les fourgons de l’étranger. Louis XVII doit être notre nouveau Charles VII. »

 

- « A la nuance que nous ne sommes pas Jeanne d’Arc et que le chemin d’Orléans ou de Reims est encore plus qu’incertain… » termina Lameth, non sans un brin d’ironie.

 

Quelques heures plus tard, La Fayette, Lameth et le jeune roi abandonnaient leur refuge. L’objectif de La Fayette était de renouer avec ses anciens amis et de les convaincre de former une nouvelle garde royale. Du Pont de Nemours, le Comte de Vaublanc, Quatremère de Quincy, au total quinze anciens députés de la première Assemblée Nationale, tous monarchistes constitutionnels, devaient les attendre le lendemain31 mai dans le petit prieuré de la basilique Notre Dame de France au Puy-en-Velay.

 

Avaient-ils eu les messages que La Fayette avait laissés à leur intention au prêtre alsacien ? N’étaient-ils pas, eux aussi, contraints à la fuite, à la clandestinité, ou tout simplement déjà morts ? Se pouvait-il qu’un message ait été intercepté ? Toutes ces questions hantaient La Fayette. Après tout, cela faisait presque douze jours qu’il s’était échappé du Temple avec le roi et aucune réaction ne s’était faite sentir du côté du gouvernement…

 

S’il songeait à toutes ces éventualités avec crainte, il lui semblait cependant qu’il avait fait le bon choix pour ce rendez-vous. Certes, la ville du Puy était proche de son domaine natal, mais n’était-ce pas également un endroit improbable pour fomenter la reconquête du royaume ? Jamais, pensait-il, jamais le gouvernement révolutionnaire ne prendrait cette piste au sérieux si toutefois un de ses messages avait été intercepté… D’ailleurs, le fait d’être en fuite depuis plus d’un mois et la présence de Lameth qui lui, avait reçu les informations sans complications, étaient des garanties du bon déroulement de son plan.

 

La prochaine étape attendait donc au Puy. Après, il faudrait envoyer des émissaires à la rencontre des cercles monarchistes des grandes villes du sud de la France, en Languedoc, en Gascogne, en Provence. La nouvelle de la libération du roi devrait se répandre le plus vite et le plus loin possible afin de susciter des ralliements, des troubles, de paralyser le gouvernement révolutionnaire, de ranimer l’espoir d’une réconciliation nationale et d’une paix prochaine…

 

Le Puy-en-Velay, dont la prise pouvait devenir un nouvel Orléans…



[i] Loi du 17 septembre 1793 qui ordonnait l’arrestation de tous les ennemis de la révolution, avoués ou présumés.

[ii] Nom donné au groupe le plus nombreux de la Convention (environ 400 députés). Egalement appelé « Le Marais ». Attachés aux conquêtes de la Révolution, ils essayaient néanmoins de se tenir à l’écart des factions montagnardes et girondines. Ils appuyèrent dans un premier temps la dictature du Comité de Salut Public et aidèrent la Montagne à écarter la Gironde, avant de se retourner contre Robespierre et les jacobins.

[iii] Frère benjamin de Louis XVI. A la mort de Louis XVIII, il règnera sous le nom de Charles X de 1824 à 1830.