La journaliste et le spin doctor

Publié le par François Kuss

Ce n'est pas le titre de mon nouveau futur roman, bien qu'il y ait du romanesque dans la phrase, mais regardant les épisodes 3 et 4 de la série "Borgen - Une femme au pouvoir" cette semaine, il m'était impossible de ne pas remarquer la petite histoire dans la grande histoire de la série TV.

 

Je passe sur l'incongruité de l'histoire principale. Sevré du parlementarisme par 54 années de bipolarisation et de monarchisme républicain issu de la Vème République, les téléspectateurs français ne peuvent que s'étonner devant le spectacle d'une Premier Ministre du centre qui, aprés avoir fait alliance avec la gauche, se doit d'agréger quelques alliés de droite pour pouvoir faire voter sa loi de finances...Nous n'avons pas l'habitude de ces "grandes coalitions", si naturelles aux pays du nord de l'Europe. 

 

Mais aprés les deux premiers épisodes qui semblaient faire l'apologie de ce système, les deux suivants ont ceci d'intéressants qu'ils mettent en exergue deux fonctions complémentaires, soeurs ennemies de la communication publique, à travers une histoire d'amour asynchrone, celle de la journaliste et du spin doctor.

 

Quoi de plus différent en effet qu'un conseiller du prince et un reporter d'investigation ? Le dernier traque la vérité, le premier la connaît. Si le spin doctor vend une politique, le journaliste ne peut s'accomoder du service aprés-vote.. Tel est, à gros traits, ce que le modèle "idéal-typique" de Bourdieu pourrait dégager de ces deux fonctions. Tel est en tout cas le parti pris de Borgen, qui exagère les différences, cisèle les traits de caractères des personnages, l'un cynique, l'autre idéaliste.

 

Or si l'on élude tout regard manichéen et que l'on revient à la réalité telle que nous pouvons la connaître, force est de constater que, trop souvent, les soeurs ennemies sont des soeurs complices. Car les passerelles entre les deux métiers sont nombreuses, les allers-retours fréquents, et les parcours convergent. Il n'y a qu'à voir les fréquentations du dîner du "Siècle" pour se rendre compte combien, par delà les masques, il existe un ADN commun !

 

Car les deux fonctions se basent sur la maîtrise, professionnelle et totale, de l'information. Leur expertise et leur influence proviennent de cette capacité à détenir la totalité des données d'un enjeu précis. Savoir c'est pouvoir. Quel que soit le côté où l'on se situe, cet axiome fonde toute l'histoire de ces deux métiers.

 

Le reste n'est qu'affaire de circonstances et de tempéramment. Certains seront à la hauteur de la responsabilité qu'un grand savoir exige, d'autres non. Il y aura toujours des journalistes peu scrupuleux et des spins doctors honnêtes ; il y aura l'inverse ; il y aura aussi le cas où les deux camps auront des valeurs louables, des engagements respectables, etc..

 

Tous les cas de figure existent et existeront.  Dommage qu'encore une fois, pour les besoins de la fiction, sans doute par confort aussi, le spin doctor soit un salaud et la journaliste une héroïne ; comme s'il était donné à une profession de n'avoir pas de conscience !

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