Il faut être aux côtés des "inventeurs d'âmes" !

Publié le par François Kuss

L'annonce de l'augmentation de la TVA à 7% marque non seulement la faillite politique de la droite dans la gestion de l'Etat, gardienne jalouse des privilèges pour quelques uns (bouclier fiscal, réforme de l'ISF) et promotrice de la hausse d'impôts pour les plus modestes ; mais ce nouveau prélèvement dans le porte-monnaie des citoyens a ceci de scandaleux qu'il touche des domaines de première nécessité comme le livre, jusque là taxé à 5,5%.

 

La culture, première nécessité ?

 

La question se pose pour de nombreux gestionnaires, habitués à la valorisation, dans les colonnes des livres de comptes, du patrimoine matériel, des "actifs". Et il n'est pas rare de voir les budgets culturels sabrés en premier lorsqu'il s'agit de faire des économies..

 

Las, la place et la valeur que l'on accorde aux actifs "immatériels", c'est-à-dire à la culture dans toutes ses expressions, est caractéristique du projet de société que l'on promeut. Elément majeur de production de sens et d'identité, source de questionnements, donc  de déconstruction des constructions et par là même levier d'élévation des consciences, la place faîte à la culture témoigne d'une représentation de la société.

 

Dans ce débat, l'annonce du renchérissement du prix du livre, alors même que sa démocratisation demeure fragile en raison de la baisse régulière du pouvoir d'achat des ménages et malgré les efforts des acteurs locaux via les services de médiathèques, etc.. ; cette annonce va creuser encore plus le fossé entre ceux qui pourront se permettre d'accéder à la connaissance et ceux, trop nombreux, qui ne le peuvent faute de moyens.

 

Jean Vilar ne disait-il pas que l'art était un un service public aussi important que celui du gaz, de l'eau, de l'électricité, affirmant qu'il fallait " mettre au service du plus grand nombre et d'abord aux moins bien pourvus le pain et le sel de la connaissance" ? 

 

Prêcher pour l'art, la culture ou le livre face à un Président de la République qui, en 2006, déclarait qu'il se demandait quel intérêt il y avait à lire La Princesse de Clèves pour passer les concours de la fonction publique d'Etat est sans doute inutile. Cela montre bien qu'une certaine idée de la France n'existe plus.

 

Mais lui qui se pique désormais d'employer l'imparfait du subjonctif dans ses apparaitions TV avec un naturel digne d'un acteur débutant à la seule fin de se "re-présidentialiser" et d'apparaître comme un véritable homme d'Etat devrait sans doute, avant de singer les académiciens, songer plutôt que la France n'est pas la France aux yeux du monde par son "triple A", mais par le rayonnement culturel qu'elle a toujours su promouvoir et incarner. Comme le disait si bien François Mitterrand, "quand on investit pour créer, on donne de la force au pays".

 

Evidemment, pour les adeptes de la marchandisation du monde, cette conception ne passe pas, alors même que l'éducation et la culture, on le sait, ont changé des destins qui semblaient tracés d'avance. Qu'une majorité conservatrice ne souhaite pas que les destins des plus modestes soient élevés grâce à la culture n'est plus un mystère, tant l'éducation nationale est paupérisée depuis 5 ans, tant désormais la démocratisation culturelle est menacée. L'école, la culture ne sont-elles pas le patrimoine de ceux qui n'en ont pas ?

 

Un autre choix est possible. Celui du changement, celui d'accompagner les "inventeurs d'âmes" (Aimé Césaire), ceux qui rendent le monde plus aimable et plus vivable par leurs créations, ceux qui font surgir rires, larmes, flammes en nous, ceux qui savent ouvrir le coeur et l'esprit par la magie de leur passion !

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